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La dépression postnatale par Manon Rouby

J’ai vécu une dépression postnatale.
L’angoisse de se lever chaque matin et de recommencer une énième journée interminable. L’angoisse de chaque soirée à vivre dans les pleurs de mon bébé et des miens.

Quand mon fils est né, je ne savais rien, je ne me doutais de rien. Ni de l’accouchement et encore moins de l’après.
Dès sa naissance, j’ai senti ce poids énorme, mon insouciance a commencé à s’envoler le jour où j’ai appris cette grossesse surprise et a complètement disparu le moment où on l’a posé sur moi. Après 16 h de travail, j’étais épuisée. Lui, il était là, il hurlait. À partir de ce jour, il a pleuré chaque jour pendant des heures. Et moi, je recommençais chaque jour, j’allaitais malgré les douleurs, je berçais, je portais, je faisais le tour de la ville en voiture, j’allaitais encore et encore.
Mon conjoint n’a pas pris de congé paternité. Nouveau boulot, la pression de se faire mal voir. J’étais seule face à mes doutes. Mon bébé n’allait pas bien. C’est normal de pleurer autant ? J’ai consulté le médecin, donné toute sorte de plantes, granules, incantations, vitamine probiotique, massages ! Et pourtant, il pleurait toujours autant, ne pouvait jamais être posé, il avait cette position si bizarre. La seule chose que j’ai récoltée, c’est « votre lait n’est pas bon, il faut lui donner du lait en poudre » ou « ben vous êtes trop stressée, c’est pour ça que votre bébé pleure, il ne faut pas s’étonner ! » Ou le fameux, « ça passera à 3 mois ».
La nuit de ses trois mois, il n’a quasiment pas dormi. Ce matin-là j’ai tenu mon bébé à bout de bras en face de moi, prête à le secouer pour qu’enfin il s’arrête. J’ai eu un éclair de lucidité, j’ai appelé mon mari, qui venait de partir bosser, je lui ai dit de rentrer immédiatement. J’ai posé mon fils dans son lit et ai fermé la porte jusqu’à ce qu’il rentre. Ce jour-là, j’ai eu honte et j’ai eu peur de moi-même. Nous sommes partis à l’hôpital.
Je leur ai dit, prenez-le ! Je n’en peux plus, je veux juste dormir. J’étais en plein burn-out !
Nous avons été accueillis aux urgences par une pédiatre qui a prononçait ces mots : vous êtes de bons parents, vous êtes une bonne mère, vous faites du mieux que vous pouvez, mais vous êtes épuisée, quelqu’un doit prendre soin de vous, c’est primordial ! Vous faites un burn-out, madame !
La semaine d’après, mon mari s’est fait licencier ! Thanks god ! Nous avons eu peur pour notre avenir financier, mais Dieu merci, je ne serais plus seule, il allait être là, pour moi.
À partir de là mon fils a continué de pleurer, mais nous étions deux ! Et j’ai enfin dormi un peu plus, j’ai enfin respiré. J’ai enfin pu claquer la porte quand c’était trop dur. J’ai enfin pu déléguer certaines nuits. J’ai enfin réussi à créer du lien avec ce bébé. Il aura fallu 3 mois pour que j’apprenne à l’aimer et que je commence à m’aimer en tant que mère.
Finalement, il aura fallu 1 an pour que nous découvrions la cause des hurlements et du retard moteur de mon fils : des allergies alimentaires et un syndrome de kiss qui a été guéri par quelques séances chez un ostéopathe spécialisé dans ce syndrome. Notre vie a radicalement changé, car notre fils s’est métamorphosé.
Malgré tout, j’ai quand même mis deux ans à sortir de cet état dépressif ! Oui, j’ai été bien entouré et j’ai évité le pire. Mais je suis convaincue qu’avec une solide préparation en amont, et du soutien bienveillant, je ne serais pas tombé aussi bas. On ne m’avait pas prévenue qu’un bébé ne dormait pas à trois mois, que le cododo et l’allaitement à la demande étaient tout à fait normaux pour un bébé. On ne m’avait pas dit qu’un bébé pouvait avoir des allergies, un reflux, des cervicales bloqués !

Depuis, j’ai eu une deuxième fille, j’ai vécu les mêmes types de problèmes, j’ai de nouveau eu un bébé avec un RGO, des freins et un syndrome de kiss. Ça a été terriblement dur, mais je n’ai pas sombré, car j’étais préparée, soutenue, et épaulé. J’avais des échappatoires, des professionnels bienveillants, des amies sur qui compter, un conjoint soutenant et surtout des rituels pour prendre soin de ma santé mentale. Chaque jour, je prends une douche chaude, seule, je respire consciemment et vide tout ce qui me pèse, je le laisse partir avec l’eau de la douche. J’écris beaucoup aussi. Ce postpartum a été dur, mais la mise en place de toutes ces choses a tout changé.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Car c’est mon histoire, mais je suis convaincue qu’elle est tellement banale finalement ! J’avais besoin de poser ces mots pour illustrer mes propos.

Hier, j’ai visionné le film Tully et il a tellement résonné en moi. Régulièrement, j’entends des témoignages de mères en pleine dépression postnatale. Et les réponses qu’elles ont reçues sont tellement peu adaptées. Au mieux, elles ne leur font rien, et au pire elle les enfonce un peu plus.
La dépression postnatale touche 20 % des mères. Et pourtant elle n’est jamais abordée. Pour ma part, j’ai des antécédents de dépression et j’ai souffert d’hyperémèse gravidique pendant ma grossesse, ce qui augmente considérablement les risques de faire une dépression postnatale et pourtant personne ne m’a prévenue ni expliquer quoi que ce soit à ce sujet !
On ne prévient pas les mères de ce qui les attend après la naissance, on ne prévient pas les pères des bouleversements que vont subir leur femme. Et pourtant une femme enceinte voit une multitude de professionnels de santé !
Il est urgent d’expliquer au conjoint qu’il doit prendre soin de sa femme, qu’il est garant de sa sécurité, qu’un congé paternité existe et qu’il doit être pris ! Il est urgent que les professionnels de la périnatalité arrêtent de minimiser cette période intense qu’est le postnatal. Il est urgent que certains pros arrêtent de faire croire aux mères qu’un bébé fait des nuits complètes a 3 mois dans sa chambre, que si bébé pleure ce soit à cause de maman, que le lait soit toxique ou que sais-je ?
Il est urgent d’expliquer aux mères l’importance du lâcher-prise, du cododo, du « dors en même temps que ton bébé ! »
Il est urgent que les mères se reconnectent les unes aux autres et se soutiennent. Peu importe nos choix, nous avons toutes à y gagner à ne pas nous juger et à nous épauler.
Si chaque femme tend sa main à une autre, rompt l’isolement, apporte un petit plat, ou un moment de détente, écoute sans jugement, sans forcément donner de conseil, un sourire pendant que son enfant fait une crise en plein milieu du supermarché, un « comment vas-tu, toi ?! », déjà là tout changerait.
Nous vivons dans un monde terriblement individualiste, et la pression sur les épaules d’une femme est constante, les enfants, le travail, la maison.. Mais je crois vraiment que nous avons le choix, d’œuvrer chacune à notre échelle pour créer du lien et contrer cet individualisme grandissant !

Aujourd’hui ma dépression, c’est de l’histoire ancienne, mais elle fait partie intégrante de ma vie et je ne regrette pas d’avoir vécu tout ça. Je sais que je suis devenue doula en partie grande partie pour ça. Je suis convaincue que les doulas font partie de la solution, bien sûr qu’elles peuvent œuvrer à un postnatal plus doux en informant les mères, en les soutenant, en les épaulant dans cette épreuve qu’est la maternité ! Il faut leur apprendre à prendre soin d’elle, délaisser le superflu, se poser et ne trouver un moment rien qu’à soi (une douche chaude, de la méditation, des respirations conscientes…) et surtout vivre un jour après l’autre et se féliciter de chaque journée passée !
Ce monde a tellement besoin des doulas, encore plus en ce moment. Le confinement isole encore plus les mères et le contexte actuel est particulièrement anxiogène.
Alors, continuons à donner encore plus d’amour, de soutien, à informer, à écouter.

Manon Rouby

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1 Commentaire

  1. Delphine Musy

    Merci Manon pour ce superbe texte. Il m’a touché en plein coeur et je suis bien d’accord avec toi,sur tout 😀😉

    Réponse

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